Alexandre Holroyd

« Le Brexit n’est pas la fin de l’Histoire »

Revue de presse

Entretien Pour ce franco-britannique, président du Groupe d’amitié France-Royaume-Uni, député LREM des Français de l’étranger, ce qui unit le Royaume-Uni au continent dépasse de loin les interminables tractations politiques sur le Brexit et les provocations de Boris Johnson. Mais les liens humains qui font la relation transmanche auront besoin d’être défendus.

Recueilli par Jean-Baptiste François

Le vieux contentieux francobritannique resurgit, alors que Boris Johnson menace d’envoyer des navires de la Royal Navy pour protéger les eaux britanniques des pêcheurs européens. « Deal » ou « No deal », que resterat- il de la relation francobritannique après le Brexit ?
Alexandre Holroyd : Le Brexit n’est pas la fin de l’Histoire. La relation va continuer entre nos deux pays millénaires. Il n’y a pas un pays qui ressemble plus à la France que le Royaume-Uni : même puissance économique moyenne, même taille de population ; capacité militaire équivalente ; passé colonial, avec tous les problèmes que cela suscite, mais aussi des relations privilégiées et des ancrages dans des zones du monde ; les deux seuls pays européens à avoir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, alliés au sein de l’Otan. Les valeurs communes que nous défendons, l’attachement à la liberté, même dans des systèmes très différents, sont des liens bien plus profonds que des quotas de pêche, même s’il s’agit là d’un dossier très important. Le président Emmanuel Macron a voulu montrer cette permanence des liens, en janvier 2018, lorsqu’il a accepté de prêter la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni. Après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, les Normands avaient tissé des liens commerciaux étroits avec le continent.

L’amitié francobritannique peut-elle souffrir d’un « no deal » ?
Alexandre Holroyd : Il faut bien se dire qu’elle souffrira, y compris dans le cas d’un accord ! Le Brexit va, quoi qu’il arrive, rendre les mouvements de personnes moins faciles. Pour que les liens forts qui se sont tissés perdurent, les jumelages, les anciens combattants, les associations en tout genre, historiques ou culturelles vont avoir besoin qu’on les aide.
Les Européens du Royaume-Uni perdront un levier pour se faire représenter alors qu’il n’y a plus de possibilité pour eux de se faire élire, ou de participer à une élection. Même chose pour les Britanniques qui vivent dans l’Union européenne. Au Royaume-Uni, il y aura deux catégories de Français, avec des droits différents : ceux qui sont arrivés avant le Brexit, et dont les droits sont préservés par l’accord de retrait, et les autres, qui seront associés à des citoyens de pays tiers. C’est tout de même original pour des pays voisins. Il y aura besoin d’un nouveau cadre pour se lier.

L’Union européenne a-t-elle raison de prendre son temps et de préférer un « no deal » plutôt qu’un mauvais accord ?
Alexandre Holroyd : L’Union est dans une tension permanente entre d’un côté la protection des intérêts à court terme et l’inscription dans un temps beaucoup plus long. Quand une législation nationale met dix mois à être adoptée, un règlement européen peut prendre dix ans.
Les choses ne sont pas très différentes concernant le Brexit, en discussion depuis maintenant quatre ans et demi. D’un côté, il faut parer au plus pressé, avec la fin de la période de transition qui s’achève au 31 décembre. Très pragmatique, la Commission européenne a présenté jeudi 10 décembre des mesures d’urgence en cas de « no
deal » (lire ci-dessous). Dans le même temps, Bruxelles ne fera rien qui pourra mener, dans la hâte, à abandonner le contrôle que nous avons sur notre marché commun.

L’unité européenne tiendra-t-elle jusqu’au bout ?
Alexandre Holroyd : Si les États membres s’étaient mis à défendre leurs intérêts intérêts nationaux de façon individuelle, le rapport de force n’aurait pas du tout été le même jusqu’à maintenant. La France veut protéger son activité de pêche, contrairement à d’autres pays qui n’ont pas d’accès à la mer. L’Allemagne tient à son industrie, comparée à d’autres qui n’ont plus grand-chose à défendre. D’autres sont plus sensibles aux services numériques. Mais notre force est d’avoir collectivement défendu tous ces aspects dans un ensemble cohérent. C’est cela, la souveraineté européenne. Les Vingt-Sept l’ont bien compris.

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Les négociations continuent sur la relation post-Brexit
Après un appel téléphonique, le premier ministre britannique Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont décidé dimanche d’« aller plus loin » dans les négociations commerciales post-Brexit en vue d’un accord, malgré « l’épuisement » des deux parties et les délais « dépassés
à maintes reprises ».
Les échanges se poursuivent cette fois sans date butoir, alors que Londres et Bruxelles ont rivalisé de pessimisme ces derniers jours. Boris Johnson estimait encore dimanche qu’un échec restait le scénario le « plus probable ». En prévision d’un no deal, l’UE a présenté des mesures d’urgence jeudi 10 décembre pour maintenir la connectivité du transport routier et aérien pendant six mois, à condition que Londres fasse de même. Bruxelles vise également l’accès réciproque aux eaux de pêche jusqu’au 31 décembre 2021.


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