Alexandre Holroyd

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Contexte

« Notre devoir commun est de faire vivre cette démocratie européenne, au fond si jeune » avait annoncé le Président de la République française avant de lancer les consultations citoyennes sur l’Europe. Grand exercice citoyen, les consultations visent à écouter les aspirations des Européens quant au futur de l’Union Européenne. Une synthèse des restitutions sera présentée au Conseil Européen de décembre afin de donner un nouvel élan au projet européen.

A destination de la communauté française, la présente consultation fut la seule organisée au Royaume-Uni. Elle réunissait trois Grands Témoins chargés d’introduire une thématique et de modérer le débat citoyen.

 

 I. Croissance en Europe : verte, numérique et inclusive

Avec Jean-Christophe Donnellier, Ministre Conseiller

et chef du service économique de l’Ambassade de France au Royaume-Uni

 

La croissance européenne requiert des fondations solides pour faire face aux enjeux du XXIème siècle. Quelle forme devrait donc prendre la croissance de demain ?

  1. Une croissance inclusive, dans une économie où les inégalités augmentent et les taux de pauvreté ont cessé de décroître ?
  2. Une croissance durable et verte, dans le contexte d’un environnement qui se dégrade ?
  3. Une croissance digitale, permettant de répondre aux nouveaux enjeux de croissance égalitaire et durable, en plus d’être un enjeu de compétitivité ?

 

  • Les citoyens ne ressentent pas d’impulsion politique européenne suffisante sur l’économie et la croissance. Les questions de croissance inclusive paraissent traitées de manière superficielle par l’Europe. Pour mettre en œuvre une croissance plus inclusive, l’Europe doit faire « mieux » et non « plus » : elle a déjà les compétences pour agir sur l’agriculture, le commerce, etc. 

 

  • Les participants attendent que l’Europe se saisissent plus fortement des questions climatiques et soit une véritable force de proposition sur la question. Certains ne font pas confiance aux Etats en matière de transition écologique. La Politique Agricole Commune, par exemple, doit devenir un un outil pour aider les citoyens qui veulent s’engager dans cette transition. Elle doit être tournée vers les citoyens plutôt que vers les producteurs.

 

  • Certains intervenants estiment que les politiques économiques européennes restent trop opaques et abstraites pour permettre un véritable développement de l’entreprenariat européen. La fragmentation du marché européen demeure un frein au bon fonctionnement du marché intérieur dans certains domaines, et notamment dans le secteur numérique.

 

II. Migration : Histoire et défis

Avec le Dr. Hélène Neveu Kringelbach, Maître de Conférence à University College London

 

Les enjeux migratoires, souvent sujets à des considérations identitaires, font face à des mythes tenaces et à des perceptions erronées de la réalité. Face à cela, il convient de repenser la migration en revenant sur les mythes qui l’entourent :

 

  • La migration n’est pas un phénomène récent : l’histoire de l’humanité est faite de mouvements de population. L’Union Européenne s’est elle-même construite vers la fin de la colonisation. La préoccupation que les nations ont vis-à-vis du contrôle de leurs frontières, comme en témoigne le Brexit, est néanmoins récente.
  • L’essentiel de la migration a lieu à l’intérieur des continents eux-mêmes.
  • La migration n’est pas avant tout économique : les migrants des pays du sud allant vers le nord ne sont pas les plus pauvres de ces pays. Le durcissement des régimes migratoires hausse les coûts de la migration, ainsi les personnes plus aisées dans les pays du sud ont davantage tendance à émigrer.
  • Les migrants ne sont pas un fardeau pour les économies nationales : aucune étude n’a pu le prouver. Au contraire, une étude récente au Royaume-Uni (RU) a montré que la migration de l’UE vers le RU a eu un effet bénéfique : les ressortissant UE ont payé un excédent de plus de £4.7 milliards de prestations sociales au RU et paient en moyenne 2k£/personne/an de plus d’impôts que les anglais.

 

Une fois discutés, ces mythes entrainent de nouvelles considérations de la part des citoyens :

 

  • L’Europe finance des fonds pour l’Afrique mais un participant estime que le continent ne gère pas cet argent assez efficacement. Il s’interroge alors sur la meilleure façon de créer un partenariat plus fort avec l’Afrique qui puisse y faire émerger une classe moyenne.
  • Cependant, le Grand Témoin fait remarquer que le lien entre le niveau de développement et la migration n’est ni évident ni systématique : le développement d’un pays n’a pas forcément comme conséquence la chute de l’émigration, au contraire.

 

  • Des visions différentes sont exposées : pour certains, le retour de nombreux réfugiés dans leur pays d’origine est un élément positif pour leur développement qui est peu mis en avant. L’Europe ne peut retenir les cerveaux africains, car lorsqu’elle le fait elle porte un frein au développement du continent. Pour d’autres, le défi démographique de l’Afrique est tel qu’une politique d’ouverture est risquée.

 

  • La perception de la migration est débattue, avec une emphase sur l’apport de la migration africaine à la France. Pareillement, distinguer l’immigration générale des réfugiés politiques est nécessaire. La répartition des immigrés en Europe est abordée : devrait-elle être européenne ou nationale ? Certains arguent que l’Europe a des responsabilités historiques, mais qu’il ne faut pas pour autant accueillir chaque migrant.

 

  • Néanmoins, un consensus émerge sur l’absence de politique commune pour l’immigration par la communauté européenne.

 

III. Institutions et démocratie

Avec Alexandre Holroyd, député des Français établis en Europe du Nord

 

L’Europe est-elle allée trop vite ? Devrions nous faire une Europe à plusieurs vitesses ? Est-ce que nous voulons une Europe qui s’occupe de tous les sujets ou qui se concentre sur certaines prérogatives et compétences ? Ces questions, nous devons nous les poser aujourd’hui et ensemble pour que l’Europe de demain soit celle de tous les citoyens.

Il faut pour cela lier l’Europe à la vie quotidienne de ses habitants : au Royaume-Uni, personne n’a fait le lien entre l’UE et les problèmes de la population dans la campagne du Brexit. Cela nous pousse à nous poser la question suivante : Pourquoi n’arrive-t-on pas à avoir un débat publique européen ?

 

Il convient aussi de repenser l’image de l’Europe : le mot “Bruxelles” est très utilisé pour décrire l’Europe, souvent de façon péjorative. Ce phénomène parlant témoigne du problème que la population a avec les institutions qui ne les passionnent pas.

 

Le renforcement des pouvoirs européens s’est fait à l’insu des citoyens. Dans plusieurs pays, il y a eu un refus de cette construction. La réalisation de cet échec est qu’on ne peut pas faire l’Europe sans ses concitoyens. Il faut donc rendre la parole aux citoyens à travers ces consultations européenne.

 

Ces questions étant posées, les participants ont pu s’interroger sur leur rapport à l’Europe.

 

  • Le grand problème de l’Europe reste son image auprès du citoyen moyen. On ne la voit pas donc on ne sait pas qu’elle existe. Les victoires de l’Europe ne parviennent pas à tout le monde, notamment car peu de responsables politiques en parlent. L’Europe doit se rapprocher de ses citoyens et être plus concrète. Elle doit être capable de communiquer de manière positive sur ce qu’elle apporte et sur ce qu’elle fait.

 

  • Les citoyens ont peu conscience de ce que l’Europe leur apporte. Si les apports de l’Europe en matière de mobilité transfrontalière sont évidents pour les Français de l’étranger par exemple, les questions de mobilité ne touchent pas pour autant l’ensemble de la population. Beaucoup de citoyens voyagent peu ou pas et ne bénéficient donc pas de la libre circulation ou de la fin du roaming. Il est alors crucial de pouvoir leur montrer le lien entre leur vie quotidienne et l’Europe.

 

  • Afin de rapprocher les citoyens de l’Europe, certains évoquent une Europe des villes plutôt que des nations, ou une Europe plus ouverte aux grandes régions économiques comme la Catalogne.

 

  • Le manque d’éducation sur l’Europe est plusieurs fois noté : on n’enseigne pas aux enfants comment l’Europe change leur vie quotidienne, ni comment elle fonctionne. Simplifier les discours européens et adopter un langage plus pédagogue est crucial, notamment grâce à de nouveaux symboles autres que l’Euro ou Erasmus.

 

  • Pour certains, la faute en revient aussi aux responsables politiques : il est important de ne pas avoir un discours technocrate quand on parle d’Europe mais de pouvoir parler avec le cœur. Pour d’autres, il faut faire grandir cette notion d’appartenance à l’UE dans les écoles. Il est impossible de créer une Europe qui fonctionne sans identité européenne préalable et sentiment d’appartenance.

 

Conclusion : Quels piliers pour l’Europe ?

 

Lors de la consultation, un vote à main levée a été organisé afin de décider quels piliers devraient concentrer les efforts et les compétences de l’Union Européenne.

Les choix de piliers étaient les suivants : écologie et environnement, social, justice, économie, défense, éducation, commerce, numérique, immigration, identité européenne, recherche et développement.

Les citoyens ont souhaité que l’Europe s’engage sur les piliers suivants : écologie/ environnement, immigration, économie et commerce, défense. Si les deux premiers piliers ont fait l’objet d’un large consensus, le choix des deux suivants était moins évident.

 


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