Tout a commencé le 23 juin 2016, lorsque les Britanniques, appelés à se prononcer sur l’appartenance de leur pays à l’Union européenne, ont préféré l’insularité au continent. Depuis, le Brexit n’a pas cessé de rythmer l’actualité internationale. Dernier rebondissement, et non des moindres : le lancement, lundi 17 juillet, du deuxième round des négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Au programme, notamment, la question du futur statut des ressortissants européens installés de l’autre côté de la Manche. On en compterait aujourd’hui près de 2,3 millions, dont plus de 300.000 Français.

Pour rappel, jusqu’à présent, pour s’installer au Royaume-Uni, aucun permis de séjour ou de travail n’est nécessaire, il suffit tout simplement d’être en possession d’une carte d’identité d’un des 28 États membres de l’Union européenne. “Dans le cadre des négociations, la position de l’UE, qui est aussi celle de la France, est le maintien total et la garantie à vie des droits acquis avant l’entrée en vigueur du Brexit, que ce soit pour les ressortissants européens installés outre-Manche, ou les Anglais installés en Europe”, rappelle, Alexandre Holroyd, député des Français de l’étranger (LREM), en charge de la troisième circonscription, dont fait partie le Royaume-Uni.

Theresa May, la Première ministre britannique, ne semble pas vraiment sur la même longueur d’onde. Fin juin, elle a proposé d’accorder aux ressortissants européens un statut leur permettant de rester au Royaume-Uni avec les mêmes droits que les citoyens britanniques, mais avec l’obligation d’être installé de l’autre côté de la Manche depuis au moins cinq ans, sans que l’on sache vraiment quel sera l’avenir de ceux qui n’auront pas encore atteint cette durée au moment du déclenchement du Brexit. Ce qui fait dire à plusieurs eurodéputés, emmenés par le Belge Guy Verhofstadt, que le gouvernement britannique souhaite traiter les européens comme des “citoyens de seconde zone”, dans une tribune publiée par le quotidien anglais The Guardian.

Et ils ne sont pas les seuls à s’en inquiéter. L’incertitude pèse aussi sur les Français de Londres. “Un exemple : Theresa May souhaite aussi que nous fournissions un casier judiciaire vierge si nous souhaitons rester sur le territoire. Pourquoi mettre de la suspicion dès le départ ? Nous ne sommes pas des criminels !”, s’alarme Alexandrine Kantor, une française installée au Royaume-Uni, par ailleurs membre de l’association “the3million”, qui lutte pour le maintien total des droits des ressortissants européens.

Le flou du regroupement familial

Des questions concrètes du quotidien peuvent aussi se poser pour les expatriés. “Je dois actuellement rembourser un prêt de 3 ans ici, au Royaume-Uni. Mais qu’en sera-t-il à son échéance ? Serais-je encore là ou rentrée en France ?”, se demande Alexandrine Kantor. Même chose pour les regroupements familiaux, qui pourraient être durci avec des conditions de revenu : “imaginons que mon père tombe malade et que je veuille le faire venir ici pour m’en occuper, pour le moment je peux le faire sans problème, mais qui dit que je n’en serai pas interdit après le Brexit ?”, s’inquiète-t-elle. Ce à quoi l’on pourrait aussi ajouter le droit de vote aux élections locales, possible pour les ressortissants européens, mais dont l’avenir reste flou.

“La priorité, c’est la clarté. Il faut que nos ressortissants sachent quel statut ils auront dans deux ans”, ajoute Alexandre Holroyd. Mais la clarification ne semble pas être pour tout de suite : l’association “The Three Million” a sollicité plusieurs fois une rencontre avec le gouvernement britannique, sans succès. Seul Michel Barnier, le négociateur de l’UE pour le Brexit, a accepté de les rencontrer à Bruxelles.